Meurtre au Nightwood Bar, Katherine V. Forrest

Fruit de mon tout récent partenariat avec H&O éditions, Meurtre au Nightwood Bar est le choix de son éditeur que je me dois tout d’abord de remercier pour sa confiance, et surtout pour son choix éclairé. Je lis peu de romans policiers, et j’espérais bien pouvoir changer cette tendance en vous présentant un titre sortant des sentiers battus.
Car si l’on peut largement attribuer l’étiquette « policier » à ce roman, il y en a une autre à arborer. Et de nouveau c’est une première pour le blog de SerialReadeuZ …
Ce roman arbore fièrement le drapeau multicolore LGBT !

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Mais venons-en au fait.

Dans Meurtre au Nightwood Bar, nous suivons la détective Kate Delafield et son collègue Taylor dans leur enquête suite au meurtre d’une jeune fille sur le parking d’un bar lesbien de Los Angeles. De découvertes en indices, c’est surtout d’affirmation de soi et de préjugés qu’il sera question tout au long de ce court roman de moins de 200 pages. Coté coeur, la romance entre notre détective lesbienne et la mystérieuse Andrea allègera un peu la tension liée à l’enquête.

J’ai globalement apprécié cette lecture, d’autant plus que l’aspect militant de l’auteure nous permet surtout de se rendre compte des difficultés vécues par les femmes, et par les homosexuelles en particulier. Mais pour cela je me dois de contextualiser.
Bien que traduit et publié chez nous en 2001, le roman a été écrit en 1987.

L’auteure nous plonge donc dans l’Amérique des années 80, en 1985 plus précisément. Et les détails foisonnement pour nous permettre une immersion des plus fidèles à l’ambiance de cette période charnière de l’histoire LGBT.

1985 c’est seulement sept ans après l’assassinat de Harvey Milk, personnage politique qui avait ouvertement déclaré son homosexualité et milité pour les droits des homosexuels. A cette époque, on se souvient encore très clairement du tristement célèbre Stonewall Riot en 1969. 1985 c’est aussi le boom des actions de solidarité en faveur des victimes de la maladie du SIDA, comme AIDS Project L.A.

Dans la trame narrative de ce roman, on perçoit pleinement l’animosité du monde face à ce qu’ils appellent la déviance sexuelle, la maladie, les « pas normaux »… Dans les bars, ce sont souvent des femmes délaissées voire rejetées par leur proches, chassées du foyer parental par peur du regard des autres que l’on rencontre, venues chercher auprès de leurs pairs un peu de réconfort, un répit nécessaire entre deux combats pour la liberté.

Dory Quillin, la victime du Nightwood Bar, ne fait pas exception. Elle vit dans un van depuis que ses parents, fervents catholiques, l’ont chassée de leur vie par crainte du regard des autres. A cette époque, la disgrâce subie par une famille pour avoir en son sein une personne homosexuelle est telle que la perte de son emploi ou le rejet social sont fréquents. Le père de Dory dira d’ailleurs aux enquêteurs venus lui annoncer la mort de Dory :

Tout, cette enfant malade faisait tout pour nous humilier, pour nous faire du mal. A croire qu’elle passait ses nuits à y penser…

Mais sous le vernis à priori parfaitement brillant, se cache parfois une faille. C’est bien cela que l’enquête va révéler. Abus sexuels, drogue, prostitution, règlement de comptes vont venir étayer les recherches de Kate et Taylor.

Très stéréotypés, les personnages participent à faire comprendre au lecteur le contexte de vie de l’époque.  Parmis les poncifs du genre, j’ai nommé : Taylor ! Il est le genre même du macho et ses remarques et discours faits aux femmes sont à la limite de la misogynie. Maladroit de nature, ses efforts pour être moins lourdaud quand on lui en fait la remarque se soldent souvent par un échec.
Kate, elle, est une lesbienne qui n’assume pas vraiment. Bien qu’elle aie vécu une longue histoire d’amour avec une femme, elle ne met pas son identité en lumière par peur d’être décrédibilisée. C’est de nouveau un lieu commun pour l’époque. Lors de l’enquête, elle fera également face à de nombreux problèmes car les femmes qui témoignent à charge ne veulent pas porter plainte ou signer la moindre déposition ! En 1985 il vaut mieux se faire discrète, surtout quand on est homo !

  • Ce que je vois, répondit Kate avec douceur, c’est une femme que les lois de cet état protègent et qui ne se sert pas de ses droits civiques élémentaires. Ceci dit je comprend vos raisons.
  • Maintenant vous savez, dit Patton à Kate. Audie peut pas porter plainte. Peut-être que vous comprenez le problème qu’on a avec vous, maintenant? Vous êtes flic : vous protégez les mecs blancs hétérosexuels de la classe moyenne et leurs esclaves de bonnes femmes.

J’ai vraiment pris conscience lors de la lecture de l’évolution des conditions et des droits des homosexuels grâce aux informations disséminées dans cette histoire. L’auteure a vécu cette époque et nous la retransmet sans filtre. Je pense qu’un petit coup d’oeil dans le rétroviseur est toujours bénéfique pour la société d’aujourd’hui. Grâce à son regard, on comprend le sens du militantisme et les raisons qui ont mobilisé les premiers organisateurs de Gay Pride Parade.

L’intrigue policière quant à elle est assez classique, dans le genre du whodunit. Sans surprise mais plaisante à parcourir. J’avoue que j’avais imaginé une fin un peu plus théâtrale et surprenante mais je pense que celle choisie par l’auteur est fidèle aux codes du genre. Cela reste une enquête bien ficelée pour laquelle K.V. Forrest s’est beaucoup documentée.

Je recommande ce roman dans les thématiques suivantes :

roman policier – LGBT – droits des femmes – droits des homosexuels – histoire de l’homosexualité – minorités – prostitution – parentalité – inceste – abus sexuels – féminisme

 

Il vous tente?  vous pouvez le commander via Amazon en cliquant ici

 

 

 

 

4 commentaires sur “Meurtre au Nightwood Bar, Katherine V. Forrest

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