Play boy, de Constance Debré

Voilà un livre qui m’aura donné du fil à retordre…
Disons le tout de suite, je n’ai pas aimé. Enfin … si … ?

 

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Une fois passés la curiosité de l’accroche, et le défi de vouloir comprendre qui se cache derrière ce selfie-cliché, j’ai vite compris que ce serait quitte ou double avec ce « roman » entre autobiographie, fantasme et catharsis.

Dans un style récurent et de plus en plus commun qui veut qu’un texte soit écrit de manière brute, saccadée, en langage parfois cru, parfois banal, Constance Debré tente de nous emmener dans le quotidien d’une avocate quadra en découverte de son homosexualité. Et c’est là que le bas blesse … Tout est tellement cliché dans cette narration! Sincèrement, j’ai souhaité à plusieurs reprises que cela ne soit pas sa vie réelle, parce que c’est vraiment pénible !

Pénible pour sa considération du genre féminin, pour l’image des lesbiennes qu’elle va véhiculer auprès de la société alors que ce qu’elle décrit, ce n’est pas de l’homosexualité, c’est de la perversion pure et simple.

Il n’y a pas d’amour dans ce texte, tout n’est que haine, dégoût et provocation. Pour son être propre, mais aussi pour son héritage familial ou encore son métier d’avocate. Il n’est nul besoin d’épiloguer sur le fait que Madame Debré est issue d’une longue lignée aristocratique française… Une haine des pauvres aussi, de la société, de la vie. 
Alors OK ce n’est pas toujours facile d’être la fille ou petite fille de X, mais de là à cracher sur le reste de la société (dite les pauvres) c’est quand même un peu difficile à plaindre !

Bien que Stock vende le titre comme étant le premier roman de l’auteure, il n’en est rien. J’avoue que je ne suis pas allée lire les autres livres pour conforter mon désintérêt pour ce style tranchant qu’elle maîtrise tellement mal …

Mais attendez … Et si en fait, le but ultime de Constance Debré était de susciter le dégoût? D’induire chez le lecteur une certaine forme de révolte, de sentiment de colère ou que sais-je? De malaise? Se pourrait-il que Play Boy soit l’émergence parmi la multitude des titres dont on ne se rappellera pas ?

Une fois ce prisme envisagé, j’ai du me rendre à l’évidence, le pari était joueur mais réussi. Dans certaines interviews, on peu

t entendre ou voir Constance Debré dire à qui veut l’entendre que cette histoire part d’elle et n’est pas sur elle. Subtil salto de vocabulaire qui peut tout changer selon l’angle par lequel on aborde l’ouvrage.

Parce que l’humain c’est aussi ca, de la perversion, à dose variable, sous quota de bienseillance, de tabous. Et ici il n’y en a aucun de tabou. Et c’est du coup brillamment exprimé, c’est aussi coupant que la lame du carcan dont elle semble s’extirper. Se nourrissant de tous ces filtres généalogiquement imposés pour mieux exploser le bien commun.  C’est jeté à la gueule de tous ceux qui voudront bien le lire parce que c’est aussi ça, sa nourriture.

Et si c’était justement l’amour, la simplicité de l’existence, le normalisme et le lisse son tabou, à Constance Debré?

C’est sur cette interrogation que je reste et que je vous invite à vous faire votre propre avis.

Merci à Netgalley pour m’avoir permis de découvrir ce titre.

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La lettre froissée : une enquête à la Belle-Epoque, d’Alice Quinn

 

Premier tome de ce qui s’annonce être une trilogie, le dernier roman d’Alice Quinn (il s’agit d’un pseudonyme) a tout pour plaire !

Les premières pages donnent le ton, j’ai immédiatement été happée par l’action et la violence de cette première scène. Le moins que l’on puisse dire est que l’on est loin de la littérature légère.

Ensuite, le décor et les personnages s’installent, plus lentement ( trop diront certains) mais personnellement j’ai apprécié les nombreuses descriptions et détails qui donnent force et réalisme au récit. Ils permettent une immersion douce nécessaire pour un roman historique réussi, plus encore lorsqu’il s’agit d’une oeuvre en plusieurs tomes. C’est ici de main de maître que l’auteure nous immisce dans l’univers d’une courtisane du XIXème siècle.

Filomena Giglio, dite Lola, est une courtisane qui vit des rentes de ses « chérubins ». Elle engage à son service Miss Fletcher of Ramsey, une aristocrate anglaise ruinée. Très vite, les deux femmes vont se retrouver au cœur d’une enquête où elles sont loin d’être les bienvenues ! Qu’à cela ne tienne, elles n’ont pas dit leur dernier mot et sont bien décidées à s’affranchir des conventions en vogue dans le Cannes de 1884 et à découvrir la vérité sur une affaire de meurtre que la police semble vouloir camoufler à tout prix.

Dans la seconde partie du roman, le rythme s’accélère de nouveau et le lecteur est porté de rebondissements en fausses pistes par des scènes au dynamisme impressionnant.

C’est un roman très riche à tous points de vue, l’écriture est fluide et agréable et le vocabulaire riche et recherché, c’est d’autant plus agréable que cela contraste dans un paysage éditorial souvent tourné vers le langage courant. On sent une grande maîtrise des éléments. Mention spéciale pour la note de l’auteure qui fait la lumière sur les différentes ressources historiques utilisées, et sur la compétence des personnes dont elle a su s’entourer.

Les sentiments vécus par les protagonistes sont peu présents, on sent un réticence à exploiter ce créneau pourtant novateur qu’est l’homosexualité. C’est dommage car il s’agissait là d’un point de vue nouveau qui aurait pu être bien amené tout en restant discret, il donnait du caractère au personnage de Miss Fletcher que j’ai parfois trouvé un peu lisse. Les relations entre Lola et les hommes subissent la même retenue et ,de nouveau, je ne comprends pas l’intérêt d’avoir tenu au côté « sentimental » sans vraiment aller jusqu’au bout.

J’ai cependant apprécié l’audace de l’auteure dans son choix des thèmes abordés. Le principal étant la condition de la femme au XIXème siècle, la dénonciation de la corruption possible par l’aristocratie et la bienséance. La dénonciation du pouvoir de l’homme, riche de surcroît , est également un des thèmes phares utilisé ici et dépeint assez bien le contexte de l’époque et cette influence sur les femmes qui sortent des voies toutes tracées de la soumission. L’orientation du roman et le choix d’en prendre le contre pied rend ce roman très intéressant et original.

Le premier tome se clôture sur un aura de mystère et l’impression laissée par l’épilogue qui me rend curieuse et impatiente à l’idée de découvrir la suite

Merci à Elise pour sa confiance et aux éditions City pour m’avoir permis de découvrir et de vous faire partager ce roman. J’espère qu’il vous plaira autant qu’il m’a plu !

Pour en savoir plus, visitez le site d’Alice Quinn ainsi que le site de l’éditeur City.