Toujours moins, Nadia Bouzid

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Toujours moins, le nouvel ouvrage de Nadia Bouzid, est composé de trois nouvelles.
Fidèle à sa promesse, il se lit très vite, l’auteure va a l’essentiel.

Ici, pas de fioritures ni d’adjectifs inutiles, le livre se veut à la mesure de notre société : vite et bien.
Ne vous fiez pas aux couleurs vives de la couverture, ces trois nouvelles sont un voyage noir au pays du contemporain, avec ses dérives, ses réalités qui bien souvent sont loin d’être idylliques.

Mon ressenti après cette rapide lecture est une réflexion, intense, sur la manière dont nous menons nos vies, et nos priorités. Le regard de Nadia Bouzid permet de mettre en lumière certaines scènes, surement bien trop nombreuses, du quotidien de cette société moderne.
Je m’attendais à un bon moment de lecture, seule assise au soleil, et bien j’ai pris ma claque !

Il s’agit donc d’un très bon ouvrage, claquant de réalisme et qui ouvre à la réflexion et que j’ai apprécié pour le coté bref et sans détours. l’auteure sait choisir les mots qui touchent, sans y apporter de surplus mélo dramatique, l’information se suffisant à elle même.

Toujours moins est paru aux éditions Rue du départ, dans la collection Voyage Noir.

Laudanum, Virginie Begaudeau

Tic, tac, tic, tac …

C’est aujourd’hui la sortie de Laudanum, de Virginie Begaudeau, paru aux éditions Books on Demand.

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« Ils atteignaient leur objectif, je le sentais, éradiquant la trace de l’insanité qui n’était, en fait, que ton ombre. Je ne prévoyais plus de m’en tirer, tu sais, j’attendais seulement de m’étourdir la nuit tombée. De m’étouffer d’une dose trop belle de laudanum. »

1903, Moïra est mise en exil pour avoir choisi de croire en un rêve censuré. Suite aux troublants événements qui ont accompagné son enfance, elle se retrouve entre les murs de Beauregard, unie à Noé, liée aux mensonges obscurs de son foyer et enchaînée à cet homme venu de nulle part.

Sa rencontre avec Claire Bach, jeune psychiatre en devenir, changera définitivement sa vision du monde, la protégeant des insensés qui l’anéantissent.

Un roman singulièrement aliénant sur le chemin détourné d’une jeune fille qui tente, par tous les moyens, de sauver sa réalité.

Pour le découvrir en images, c’est par ici :

Et pour vous le procurer, c’est par ici !

D’ores et déjà beaucoup de succès à Virginie Bégaudeau pour ce nouvel opus … et à très bientôt pour ma chronique…

Les fantômes de Port-Winston, Michel Giard & Patrick Bousquet-Schneeweis

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Destinée à la jeunesse, cette collection, qui comporte plusieurs exemplaires (Voir liste complète ici) relate sous forme de nouvelles l’histoire de la France dans sa lutte contre les troupes allemandes lors de la Seconde Guerre Mondiale.

La nouvelle, d’une cinquantaine de page, démarre par une mise en scène très douce mais très prenante aussi afin d’amener le lecteur à se plonger dans le passé.

Bien qu’il s’agisse d’une œuvre de fiction, de nombreux faits historiques viennent étayer le roman, des renvois à une documentation très complète mais jamais inutile complètent la partie nouvelle.

J’ai aimé la manière dont l’auteur amène le récit, un carnet, découvert par une femme, 50 ans passé après la guerre. A la lecture de celui-ci, elle revit les faits.

Dans le sixième volume, c’est la participation au cinquantenaire du débarquement qui ravivera l’étincelle du souvenir dans les yeux d’un vétéran …

Les illustrations sont attirantes, les titres accrocheurs, et la petite taille des ouvrages permettent une lecture rapide et aisée.

Le vocabulaire est simple mais pas vulgarisé à outrance, les mots choisis sont adaptés aux faits, qui d’ailleurs ne sont pas édulcorés. L’enfant, ou sans doute plutôt l’ado qui lira cette collection, aura conscience de la cruauté et de la violence des évènements.

C’est une collection qui trouve sa place dans toute bibliothèque, qui pourra aussi appuyer les cours d’histoire ou même à des fins de lecture plaisir, et pas que pour les plus jeunes.

Merci à Michel Giard pour sa confiance, et pour m’avoir fait parvenir « Les fantômes de Port-Winston » que j’ai vraiment apprécié, ainsi que « go ! Geronimo ! ».

Rouge novembre, de Pierre Guyaut-Genon

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Avant de se consacrer à l’écriture, l’auteur a joui d’une carrière médiatique de 40 années, à la RTBF, avec une prédilection pour classic 21.
Il est également l’auteur de 10 romans, de pièces de théâtre, et a collaboré à l’écriture de one man show.

[ Présentation de l’auteur sur rtbf.be ]

Avec Rouge Novembre, il amène un regard percutant et teinté d’humour sur les tueries du Brabant, qui, pour mémoire, secouèrent la Belgique il y a une trentaine d’années, et n’ont d’ailleurs jamais été élucidées !

Ce roman fait partie de la collection roman, des éditions Méhari.

Reconnaissable à sa couverture en noir et blanc, l’illustration de ce roman se prête plus à la thématique, contrairement au précédent ouvrage que j’avais pu découvrir de cet éditeur. (Salle d’attente, de Marc Varence).

Haletant ! C’est le moindre des qualificatifs que je réserve à ce roman ! J’ai tout bonnement adoré !

Je ne suis pas friande de polar, mais dans ce cas, j’en redemande !

La richesse de l’information, la précision dans la narration des faits jusque dans les moindres détails, les ambiances, les rythmes qui s’accélèrent au rythme des casses qui s’enchaînent, Rouge Novembre se lit à toute allure …
A plusieurs reprises, je me suis demandée comment il était possible de décrire les meurtres avec tant de réalisme, après tout comme l’auteur le fait remarquer, cela aurait pu arriver … ? Et parfois je me demande si justement, ça aurait pu arriver.
J’ai été impressionnée par la mécanique mise en place par ces tueurs professionnels, écœurée par la puissance et la profondeur de leur réseau, jusque dans les arcanes de la justice !

Et la police … perdue, qui se fait balader d’un coté à l’autre de la Belgique sans comprendre ce qui lui arrive …

Un roman d’une grande qualité, d’écriture, et d’information, bien sûr romancée, mais qui éveille la curiosité de ceux qui, comme moi, connaissaient peu l’histoire et donc chercheront probablement plus amples détails.

Ce qu’on attend de moi, Vincent Guédon

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Belgique, Bruxelles, 8 décembre 2014. 7h du matin … Aujourd’hui est un jour de grève. Les médias et agences de presse sont sur le qui-vive, les articles pleuvent, tous tentant d’être L’ARTICLE qui fera sensation …

Les citoyens sont divisés. Certains pestent contre les grévistes et autres syndicalistes, d’autres pensent que la manifestation est un devoir, et qu’on ne peut laisser aller les choses comme le voudrait le gouvernement. Le pays tremble, et pourtant hier et demain sont comme les autres jours. On se lève, on court pour préparer les enfants, on part au travail, on est en retard dans sa vie, ses échéances, on traîne son lot de problèmes et on ne sait toujours pas comment on va faire pour payer les traites de cette voiture dans laquelle on est assis, pris dans les bouchons, direction bureau.

Entre deux inquiétudes, on croise un gars, valise à la main, beau costume, propre et frais, qui remonte l’avenue, il a plus de chance que nous, il n’est pas coincé entre un camion-poubelles et un autocar lui ! Vu son allure ça doit être un homme qui a une bonne situation ! Pas comme le bonhomme qui court derrière l’autobus en face avec son sweat rapiécé et son sac à dos …

D’un feu rouge à l’autre, l’esprit s’égare mais les certitudes et les à priori eux ne sont jamais bien loin.

Parmi les a priori tenaces il y a celui qui colle à la peau des demandeurs d’emploi. Combien de fois n’entends-t-on pas que c’est parce qu’ils ne cherchent pas VRAIMENT un boulot, que celui qui veut du travail en trouve ?

Revenons un instant sur le personnage croisé dans les bouchons … celui avec le beau costume là … Et bien ce monsieur est au chômage, et ce matin il a rendez-vous à Pole Emploi … Et ce matin, armé d’une arme factice, il va entrer dans l’agence et prendre en otage le directeur et l’ensemble du personnel. Mais pourquoi ? Pour de l’argent ? Pour un emploi ? Non, il veut prendre la parole …
Et pour reprendre une citation du célèbre Al Capone « On peut obtenir beaucoup plus avec un mot gentil et un revolver, qu’avec un mot gentil tout seul ». C’est en partant de cet adage qu’il entre, confiant, et s’assoit au guichet, en face de sa conseillère Pole Emploi…

Ce qu’on attend de moi est le premier livre de Vincent Guédon. Un premier ouvrage court, sobre, mais qui ouvre la voie à une réflexion politique intense et malheureusement colle à merveille à la situation actuelle du monde et de notre société. Dans cet opus, il se fait l’écho de nombreux demandeurs d’emploi, voire de l’ensemble des citoyens … Car qui de nos jours peut se targuer de n’avoir aucune dette, aucune crainte pour son avenir ?

Il souligne avec force et sans détour les problèmes de notre société résolument individualiste et fermée à toute compassion : mépris, précarité mais suscite aussi l’écoute, la compréhension.

C’est un ouvrage qu’il faut lire, pour se conscientiser. C’est aussi malheureusement une réalité, mais la réflexion qui en découle pourra peut-être remuer un rouage de la mécanique enrayée de notre monde, et qui sait, à notre échelle, la débloquer …

Ce qu’on attend de moi est paru aux éditions D’ores et déjà, en novembre 2014.
Prix : 8€

ISBN : 2918527262

Petit Dictionnaire illustré de l’Entreprise, de François-Xavier Chenevat

9782354561383FS

Mercredi matin. 9h. Monsieur mon chef d’équipe déboule dans mon bureau, m’adresse un sourire commercial et annonce « Mademoiselle, c’est toujours OK pour notre entrevue de 10h? »

« Euh… oui oui, bien sûr, tout est prêt! »
En fait rien n’est prêt, je croule sous le boulot et ce cher Monsieur m’attends pour un premier entretien individualisé suite à sa récente arrivée dans notre entreprise. « rien de formel hein, c’est juste pour faire connaissance … »

Cette prise de connaissance me ramène à mon bureau, 1h30 plus tard, dépouillée de toute motivation, et de confiance en soi et en mes compétences … Je ne crois pas qu’il y aie eu une quelconque piste d’amélioration malgré les propositions que je tentais de glisser de manière aussi positive que possible. Soyons clair, il veut des chiffres, et les chiffres qu’il voit ben ne lui plaisent pas ! Moi les chiffres je n’aime pas cela et ce n’est pas nouveau ! J’ai toujours préféré les lettres !

C’est donc dans cet état d’esprit festif et enjoué (voir définition de Ironie) que je me suis enfoncée dans mon fauteuil de bureau rembourré spécial lombaires, une boîte de chocolat dans une main, et le Petit Dictionnaire illustré de l’Entreprise dans l’autre ….
Et je me suis marrée ! Rien qu’apercevoir l’illustration de couverture et le souvenir de cet entretien disparaissait déjà au profit de l’humour caustique et percutant de François-Xavier Chenevat, alias Fix.

Merci Fix ! Sincèrement Merci ! Et puis bravo aussi … parce qu’il en fallait pour oser rassembler ce que le monde de l’entreprise se plaît à nommer « solution » ou bien « problème » selon le rôle que l’on y joue, en un ouvrage sobre, aéré, mais drôle et qui ramène forcément à un cas vécu.

Vous aurez donc compris que ce livre m’est tombé dans les mains à point nommé et que j’ai savouré les pages, pouffant à chaque nouvelle définition, un sourire aux lèvres.

Aucun sujet n’est épargné. De la définition revisitée de « Esprit d’équipe » à la vision très magique de « Leadership » sans oublier les classiques « N+1, Open space, et Stress », Fix tranche à la hache les termes parfois barbares sensés réguler notre vie en entreprise.
J’ai aimé la véracité des points de vue, la dérision de ses définitions, et ses illustrations sans équivoque, ce Petit Dictionnaire de l’Entreprise est à partager sans modération, et pourquoi pas à la machine à café 😉

Petit Dictionnaire illustré de l’Entreprise à l’usage des enthousiastes, des cyniques et des jeunes diplômés est paru aux éditions Diateino en octobre 2014.

ISBN : 978-2-35456-138-3

Les bateaux du jour J, Michel Giard

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Les bateaux du jour J sont parus aux éditions Alan Sutton et m’a été permis de découvrir grâce à l’opération Masse Critique du non moins célèbre site Babelio.

La couverture en noir et blanc nous montre un groupe de soldats, marins, en route vers une probable mission.
Sur leurs visages, on lit la peur mais également la détermination dans le rôle qui leur est confié. Ils sont des milliers à avoir embarqué, et à avoir servi sur les eaux des territoires occupés, groupés sur des bâtiments tels que l’USS Arkansas ou encore le Bismark.
C’est l’histoire de ces hommes, mais aussi des navires qui firent partie de cette tranche de l’Histoire  qui nous est offert dans ce livre.
C’est la guerre, nous sommes en janvier 1944, le général Montgomery découvre les plans de l’opération Overlord

A grand renforts d’images d’époques, d’affiches et d’encarts caractéristiques, cet ouvrage richement illustré nous présente les différents types de bâtiments : cuirassés, croiseurs, destroyers, dragueurs de mines, frégates et corvettes. Il y est aussi question de l’opération Neptune mais surtout de la victoire !

Agrémentées d’anecdotes historiques et de clichés représentants les soldats dans l’action, les informations reprises sont pertinentes, concises et constituent une bonne base de recherches pour qui souhaiterait approfondir le sujet.

J’ai trouvé l’ouvrage vraiment complet et intéressant pour sa concision ainsi que pour sa netteté de présentation qui le rend bien plus attractif que les ouvrages d’histoire classique. On est vite attiré par les illustrations et les informations techniques ne plombent pas la partie historique mais sont bénéfiques au public spécialisé. Il sera très apprécié au lecteur souhaitant obtenir des informations claires et précises sur les navires de guerre et nécessitant des mesures et chiffres précis.

Je recommande cette lecture qui rend ses lettres de noblesse à l’un des acteurs, et non des moindres, de la seconde guerre mondiale.