Belle de Nuit, Sonia Frisco

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J’ai abordé Belle de Nuit comme on découvre un écrin.

Passée la surprise du présent, le toucher du velours, promesse de douceur, est la réponse à l’attente et à l’interrogation que suscite le bijou.

Un grincement, une résistance ? Le bruit de la charnière dévoile enfin l’orfèvrerie, et se détaillent sous nos yeux les heures longues et minutieuses de l’artisan qui l’a chargé d’histoire et de tellement d’amour.

Ce roman, c’est avant tout une promesse honorée, celle de l’amie à son âme, un reflet à son miroir. C’est également un gage d’Espoir pour toutes celles qui en doutent, et le rappel que si tout est possible au nom de la Cause qui nous est chère, cela ne se fait jamais sans heurt. Et que les traces ne sont pas toujours celles que l’on voudrait laisser.

A l’ouverture de mon écrin, la surprise et l’inquiétude ont cédé la place à la douceur familière de la plume de Sonia Frisco. Des mots choisis élégants, à lire parfois à voix haute, qui sonnent comme une musique et habillent les sentiments dépeints. Et puis parmi ces mots, il y en a d’autres, beaucoup plus durs, rêches, et tranchants. Ceux qui dénoncent, ceux qui accusent, et les implacables nécessaires au combat. C’est bien là que l’auteure m’a cueillie garde baissée. J’ai partagé la haine et subit le dégout, parfois aussi fait face à de l’incompréhension, parce que cette histoire est vraie et que dans la vie tout ne va pas toujours tout droit.

Si le sujet m’est très vite apparu, j’ai été littéralement surprise par son dénouement ! Comme dans Le portail de l’Ange, rien ne vous est acquis avant le point final… Ce fameux point qui est toujours pour moi le premier tiret d’une longue liste de questions !

Belle de Nuit est un bijou unique, je sais que chaque ligne, chaque mot a été écrit avec retenue, la pression de la plume sur le papier cent fois contenue afin d’être sûre que ce mot soit à sa juste place. Je devine sans peine les nombreuses relectures et la bataille farouche parfois nécessaire pour garder intact le souffle de Mia face à nos registres préformatés.

Ce travail de joaillier, c’est l’aboutissement d’une vie, celle de Mia, avec ces fêlures, ces beautés, mais surtout, un fil léger qui se prolonge au-delà de ce qui se dit …

L’ouvrage est disponible sur le site d’Amazon. Prix : 17€

 

 

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Comment exister aux côtés d’un génie ? Agnès Boucher

9782296961531r

 

Mendelssohn,

Schumann,

Mahler

Ces noms vous évoquent forcément quelque chose. Grands compositeurs, mondialement connus, à peine prononcé leur nom que les notes dansent déjà sur la partition.

Ce n’est pourtant pas sous cet angle qu’Agnès Boucher a choisi de composer. Comme le dit l’adage « derrière chaque grand homme se cache une femme… »

L’auteure se sert ici de l’écriture pour mettre la lumière sur ces destinées cachées, bridées, mais non moins talentueuses de Fanny, Clara, Alma, et de toutes celles qui furent sœurs, épouses de personnages célèbres et qui durent, d’être femme, en devenir l’ombre…

A travers leurs différentes personnalités, on décèle la reconnaissance, parfois la résignation ou l’humilité, mais surtout et toujours l’amour. De l’art …

Ce récit, agrémenté de nombreux échanges épistolaires et références, dépeint vraiment l’univers musical mais aussi la condition de la femme, la lutte face aux préjugés et le combat subtil que durent mener ses compagnes, tiraillées entre l’amour de la musique et leurs conditions de vie.

Merci à Agnès Boucher pour m’avoir ouvert les portes de ce monde classique qui m’était jusque là méconnu mais que je découvre avec beaucoup de plaisir.

Comment exister aux cotés d’un génie est paru aux éditions l’Harmattan.

Charlotte, David Foenkinos

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David Foenkinos, si besoin est encore de le présenter, est un romancier français, ancien élève de la Sorbonne, dont les titres publiés ont été plusieurs fois récompensés et traduit pour l’étranger.

Cette année, avec Charlotte, son 13ème roman, il a reçu le prix Renaudot.
Charlotte Salomon est une artiste peintre juive allemande, assassinée en 1943 alors qu’elle était enceinte. La trame de fond est très biographique, agrémentée d’une partie qui lie l’auteur et son époque aux lieux qui ont vu évoluer Charlotte. Dans cette partie contemporaine, David Foenkinos relate comment l’histoire de Charlotte lui a collé à la peau, au moment même où il cherchait tout autre chose. Je le ressens comme un sujet qui s’est imposé à lui, pas une recherche mais une rencontre.

Le style  est inattendu. Les courtes phrases, comme des strophes de poésie, déroutent en commençant la lecture, car ce type d’écriture ne semble pas s’adapter à la dureté des faits et à l’aspect historique que prends le livre dès les premières pages.
Pourtant, on s’y habitue et j’irais jusqu’à dire que cela soulage lors de certains passages difficiles.
Le sentiment d’oppression qui serre la poitrine n’aurait sans doute pas supporté un mot de plus, le point et le retour à la ligne, salvateurs, me permettaient de reprendre mon souffle.

Le roman est assez court, 122 pages. Une fois commencé il m’a été difficile de le lâcher, un irrépressible besoin de garder le livre en main, ne pas arrêter le flux des émotions.
Le livre refermé, j’ai l’impression qu’il me colle toujours à l’âme. Mes idées s’emmêlent à l’idée de coucher sur papier mes impressions et rien ne semble révéler mes réelles impressions.

Clairement, il y a du talent, en si peu de pages et sans descriptions, David Foenkinos parvient à ancrer ses personnages, à les faire vivre en nous et à véhiculer des sensations telles qu’une fois le livre refermé reste une seule impression : le manque …

Charlotte est publié chez Gallimard.
Une courte vidéo de présentation est disponible :

Le mystère du pont Gustave-Flaubert, Pierre Thiry

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Merci à Pierre Thiry pour sa confiance, et pour sa proposition de lecture et de chronique. Sachez que j’ai apprécié nos échanges et particulièrement souri devant votre dédicace 😉

Le mystère du Pont Gustave Flaubert est paru aux éditions Books On Demand et est un « essai de roman » comme le qualifie son auteur.

Originaire de Rouen et grand amateur de musique et de l’illustre Flaubert, c’est donc naturellement qu’il en a fait un sujet d’écriture de choix.
La photographie semble également faire partie de ses passions, à en voir la qualité de la couverture de cet ouvrage dont il est l’auteur.

Riche en recherches, tant du point de vue historique que littéraire, Le mystère du Pont Gustave Flaubert est truffé de passages et références au père de Madame Bovary. Moins accessible à qui ne connaît pas Flaubert en profondeur, j’imagine aisément qu’il devient particulièrement plaisant à qui maîtrise le sujet. A n’en pas douter, Pierre Thiry sait manier les mots quand il s’agit de mêler sa plume à celle de son héros littéraire.

J’ai abordé cet ouvrage après une lecture difficile, et je dois dire qu’à peine les yeux posés sur les premières lignes, je me suis sentie apaisée et emportée à la fois. Les mots sont admirablement bienveillants, on sent qu’ils ont été choisi consciencieusement et presque amoureusement.
Une vraie qualité littéraire très appréciable. Il y a également une très grande maîtrise du plan d’écriture car plusieurs histoires ou personnages s’entremêlent et que Pierre Thiry arrive toujours à recentrer le lecteur juste avant de le perdre, lui laissant la joie de s’égarer dans sa lecture sans jamais en perdre le fil.

J’ai eu un peu de mal à apprécier l’ouvrage à sa juste valeur car je ne connaissais pas Flaubert. Je crains de ce fait d’être passée à coté de certaines subtilités qui auraient mérité plus d’égard. Mais je suis certaine que c’est un coffre au trésor pour qui connaît un peu plus ses classiques que moi !

Il faut souligner également que pour les néophytes ou pour les pointus de la référence, de nombreuses notes de bas de page permettent de faire le lien avec les œuvres originales.

Le Parapluie Japonais, de Catherine Forné-Billebeaud

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Le parapluie japonais c’est …
Bon alors autant le dire tout de suite, je déteste les fins à plusieurs possibles … vous savez, celles qui laissent plusieurs issues et qui vous laissent refermer le livre avec une impression de « pas fini » …
Et bien dans ce livre, c’est tout à fait la manière dont l’auteur a choisi de terminer son livre.J’ai suivi avec avidité les aventures de cette femme, apparemment devenue amnésique suite à un malaise et qui doit partir à la recherche de ses souvenirs et de sa personnalité.
Au début, on se plonge dans l’angoisse du « mais qui suis-je? » on se rends compte que l’amnésie permet aussi d’effacer les expériences négatives, mais aussi de pouvoir profiter d’une vie toute neuve.
Choix cornélien que celui de ne pas vouloir se souvenir et de repartir de zéro, ou de choisir de se ré-ancrer dans son ancienne vie.
C’est le choix qu’elle fait, elle n’a pas d’autre possibilité que de se fier à son instinct, de faire confiance aux personnes croisées sur sa nouvelle route, pour trouver les clés de sa mémoire.
Mais le récit tourne vite au traquenard, et au fil des pages apparaît une intrigue d’un autre style, en filigrane … Et cette intrigue ne permettait pas de « ne pas se dénouer »
Avez-vous déjà vu un polar dont on ne soupçonne même pas l’assassin ?
Frustrée donc par ce final … qui fera que je ne recommanderai pas cette lecture malgré son intérêt premier.

L’autre pays, Sébastien Berlendis

 

 

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Après l’agréable découverte qu’avait été « Une dernière fois la nuit«  (voir chronique ICI), c’est avec délectation que je me suis plongée dans les mots délicatement mélancoliques de Sébastien Berlendis.

Le registre de ce titre est légèrement différent, bien que certaines références rappellent « une dernière fois la nuit » : la maladie, la famille, les souvenirs d’enfance dans ce pays aimé, abandonné à contre cœur … Les amours aussi. ,Ici nous sommes baignés dans l’Italie d’antan, qu’il décrit avec autant d’amour et d’admiration que lorsqu’on évoque l’Être Aimé.

Ce thème étant pour moi un peu trop présent, n’ayant jamais visité l’Italie, je n’ai pas été transportée comme je l’avais été lors de ma précédente lecture. Les descriptions sont belles, glissées par petites touches permettant de laisser le lecteur se remémorer ses propres souvenirs grâce à ces évocations, mais n’a pas fait écho en moi, faute de souvenirs personnels justement.
Ceci dit, on y reconnait la « Plume Berlendis », il est donc aisé d’user d’empathie et de partager cet instant de spleen dont semble souffrir l’auteur, et on ne peut que le remercier d’avoir partagé avec tant de lecteurs un ressenti si personnel et intime.

Je suis sûre que les amoureux de l’Italie y retrouveront sans difficulté les paysages décrits avec tant de douceur et qui ne manqueront pas de ramener au jour leurs plus beaux souvenirs.

 

Merci à Libfly pour sa confiance et la découverte, à Sébastien Berlendis que je continuerai de suivre, ravie de pouvoir lire ses mots à nouveau, et aux éditions Stock pour leur générosité et leur confiance. Ravie d’avoir pu chroniquer ces deux ouvrages.

 

L’autre Pays est paru aux éditions Stock dans la collection « la forêt » en avril 2014.
C’est le second ouvrage de S.Berlendis, auteur et professeur de philosophie vivant à Lyon.

Pour en savoir plus, visitez son site à l’adresse : http://sebastienberlendis.blogspot.be/

Sur le ring – Le sang appelle le sang, Ange Marando

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Ange Marando, auteur marseillais d’origine calabraise, signe ici son premier roman dans la catégorie graines d’écrivain de IS Edition.

 

Fortement inspirée de faits réels, elle nous transporte dans l’univers très fermé des boxeurs désireux de conquérir l’Amérique pour apprendre l’art du combat sur le ring.
Nous sommes en 1969, les médias n’ont pas encore pris place dans chaque foyer, et de l’autre coté de l’Atlantique, l’homme a marché sur la lune … Et Angelo Portino débarque aux Etats-Unis sous l’aile protectrice d’un « ami » de la famille, à qui son père l’a confié pour faire de lui un homme, et sans doute bien plus …

 

Je me dois de remercier Harald Benoliel de IS Edition pour ce 3 ème partenariat, merci pour votre confiance et ce choix de lecture si différent de mon univers habituel et pourtant toujours si plaisant!

 

Ce roman, puisque c’est ainsi qu’il faut l’appeler, en dépit du fait qu’il soit bâti et inspiré sur nombre de faits réels nous transporte dans l’univers mafieux de la Calabre, et de la boxe plus particulièrement. A priori pas adapté à un public féminin de par son titre et son illustration de couverture, il a pourtant su me conquérir de la première à la dernière page.

 

Les explications livrées lors des combats de boxe ne sont pas ennuyeuses et la représentation très réaliste, immersion totale même pour quelqu’un qui n’a pas de connaissance technique de la boxe. L’intrigue n’est nullement alourdie par les détails techniques.

 

Le fait que l’auteur ait réussi à manier le style sportif à l’univers de la mafia est un réel point positif car il donne de la consistance au récit qui se veut fluide et sans temps morts.
Sincèrement, j’ai eu du mal à imaginer que cela puisse être le premier roman de Ange Marando, tant le style et la construction sont mûrs et maîtrisés.
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Le petit plus de Sur le ring : le site http://marando-sur-le-ring.com/ qui permet de vraiment approfondir et/ou découvrir l’univers de l’auteur avec une pointe d’actualité et de culture à propos des sujets abordés dans le livre. J’ai adoré.

 

Je recommande cette lecture!